Les images structurent aujourd’hui la communication des collectivités et des destinations touristiques. Elles incarnent un territoire, valorisent un service, facilitent la compréhension d’une démarche. Pourtant, dans la majorité des sites institutionnels, leur accessibilité reste insuffisamment maîtrisée.
Le texte alternatif, ou attribut alt, est souvent absent, générique ou rédigé dans une logique purement SEO. Résultat : une information inaccessible pour les personnes utilisant un lecteur d’écran, une non-conformité au RGAA et une perte de qualité éditoriale globale.
Rédiger un texte alternatif pertinent n’est ni une formalité technique ni un exercice accessoire. C’est un acte éditorial stratégique, au croisement de l’accessibilité numérique, du référencement naturel et de la responsabilité publique.
Cet article propose une méthode opérationnelle, illustrée par des exemples concrets adaptés aux mairies, intercommunalités, offices de tourisme et destinations.
Texte alternatif : définition simple et opérationnelle
Un texte alternatif est une description textuelle associée à une image via l’attribut alt du code HTML. Il permet de transmettre l’information portée par l’image lorsqu’elle ne peut pas être perçue visuellement.
Concrètement, il est lu par les lecteurs d’écran utilisés par les personnes aveugles ou malvoyantes, affiché en cas d’erreur de chargement, et interprété par les moteurs de recherche pour comprendre le contexte visuel d’une page.
Un bon texte alternatif ne décrit pas une image pour elle-même. Il décrit l’information utile qu’elle apporte dans le contexte de la page.
Cette nuance est fondamentale.
Pourquoi le texte alternatif est stratégique pour les collectivités et les OGD
Conformité réglementaire et responsabilité publique
Le critère 1.1 du Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité (RGAA) impose que toute image porteuse d’information dispose d’une alternative textuelle pertinente.
Pour une collectivité territoriale ou un organisme de gestion de destination, l’enjeu dépasse la conformité administrative. Il s’agit de garantir l’égalité d’accès à l’information publique.
Un site de mairie qui affiche les horaires d’une piscine sous forme d’image sans texte alternatif prive une partie des usagers d’une information essentielle. Une destination touristique qui publie une carte d’itinéraires sans alternative descriptive exclut des visiteurs potentiels.
Le texte alternatif est donc un levier d’inclusion concret.
Expérience utilisateur et qualité éditoriale
Un contenu bien décrit est un contenu mieux compris. La rédaction d’alternatives textuelles oblige les équipes à clarifier l’intention des images : illustrent-elles une ambiance, transmettent-elles une donnée, déclenchent-elles une action ?
Ce travail améliore la cohérence éditoriale globale. Il évite la redondance visuelle et renforce la clarté des messages.
SEO, AEO et compréhension machine
Les moteurs de recherche utilisent les attributs alt pour contextualiser les images. Dans une logique d’Answer Engine Optimization (AEO), où les IA génératives extraient et synthétisent l’information, la qualité sémantique du contenu devient déterminante.
Un texte alternatif pertinent contribue à la compréhension globale d’une page par les algorithmes. Il ne remplace pas un contenu textuel structuré, mais il participe à l’architecture sémantique.
Comprendre la fonction d’une image avant de rédiger
La première erreur fréquente consiste à rédiger un texte alternatif sans analyser la fonction de l’image.
Une image peut être :
- Strictement décorative ;
- Illustrative mais non essentielle ;
- Porteuse d’une information clé ;
- Fonctionnelle (bouton, lien, pictogramme d’action) ;
- Complexe (graphique, carte, schéma).
Le traitement varie selon le cas.
Une image purement décorative, comme une photographie d’arrière-plan dans un bandeau, ne doit pas être décrite. Elle doit comporter un attribut alt="" vide afin d’être ignorée par les technologies d’assistance.
À l’inverse, une infographie présentant les consignes de tri ou une carte des déchetteries nécessite une description structurée.
La question centrale est la suivante : si l’image disparaît, quelle information manquerait à l’utilisateur ?
Méthode en cinq étapes pour rédiger un texte alternatif pertinent
1. Identifier l’objectif éditorial de l’image
Pourquoi cette image est-elle présente sur la page ? Apporte-t-elle une donnée, un contexte, une preuve, une ambiance ?
Une photo du maire lors d’une cérémonie peut être purement illustrative dans un article, mais informative dans une page institutionnelle présentant l’équipe municipale.
2. Déterminer si l’image est informative ou décorative
Une image décorative n’apporte aucune information supplémentaire par rapport au texte. Elle doit être ignorée via un attribut vide.
Une image informative nécessite une description adaptée.
3. Décrire l’information utile, pas l’apparence
Un texte alternatif ne doit pas commencer par « image de » ou « photo de ». Les technologies d’assistance annoncent déjà qu’il s’agit d’une image.
Il doit aller directement à l’essentiel.
Par exemple :
Mauvais exemple :
« Image de la nouvelle médiathèque. »
Meilleur exemple :
« Nouvelle médiathèque municipale inaugurée en mars 2026. »
La seconde formulation apporte une information contextualisée.
4. Adapter la longueur
Un texte alternatif efficace est généralement concis. Il transmet l’essentiel en une phrase claire.
Il n’existe pas de longueur universelle, mais une description trop longue devient difficilement exploitable en lecture vocale. Lorsque l’image est complexe (graphique, carte détaillée), une description courte peut être complétée par un texte explicatif adjacent dans la page.
5. Vérifier la cohérence avec le contenu environnant
Le texte alternatif ne doit ni répéter mot pour mot le titre de la page, ni introduire une information absente du reste du contenu. Il doit s’intégrer dans la logique éditoriale.
Cas pratiques : collectivités territoriales
Présentation d’un élu
Image : portrait du maire sur la page « Équipe municipale ».
Alt peu pertinent :
« Maire. »
Alt pertinent :
« Jean Dupont, maire de la commune depuis 2020. »
La seconde formulation apporte une information utile à l’identification.
Inauguration d’un équipement public
Image : photo d’une inauguration.
Alt générique :
« Inauguration. »
Alt contextualisé :
« Inauguration du gymnase intercommunal en présence des élus. »
Le contexte est essentiel.
Carte des équipements
Image : carte des équipements sportifs.
Alt minimal :
« Carte. »
Alt pertinent :
« Carte localisant les équipements sportifs municipaux. »
Si la carte contient des informations détaillées (adresses, numéros), celles-ci doivent être accessibles dans un texte adjacent.
Pictogramme d’action
Image : icône représentant un téléchargement.
Alt incorrect :
« Icône PDF. »
Alt correct :
« Télécharger le dossier d’inscription au format PDF. »
La fonction prime sur la description graphique.
Cas pratiques : destinations touristiques
Valorisation d’un site naturel
Image : plage au coucher du soleil.
Alt trop vague :
« Plage. »
Alt pertinent :
« Plage de la Grande Conche au coucher du soleil en été. »
La localisation et le contexte saisonnier enrichissent l’information.
Hébergement touristique
Image : chambre d’hôtel.
Alt faible :
« Chambre. »
Alt informatif :
« Chambre double avec balcon vue mer. »
L’utilisateur comprend l’atout principal.
Itinéraire cyclable
Image : carte des pistes cyclables.
Alt minimal :
« Carte des pistes. »
Alt pertinent :
« Carte des pistes cyclables autour du centre-ville. »
La description doit rester synthétique, mais explicite.
Images complexes : graphiques, schémas et cartes
Les images complexes nécessitent une attention particulière.
Un graphique présentant l’évolution de la fréquentation touristique ne peut pas être résumé par « Graphique fréquentation ».
Un texte alternatif court peut indiquer :
« Graphique montrant l’augmentation de la fréquentation touristique entre 2020 et 2025. »
Mais les données précises doivent être accessibles dans le texte de la page. L’alternative ne remplace pas l’information structurée.
Dans le cas d’une carte interactive, il est recommandé de prévoir une liste textuelle des lieux ou un tableau récapitulatif.
Erreurs fréquentes à éviter
Certaines pratiques restent très répandues et nuisent à l’accessibilité :
- Répéter le nom du fichier image ;
- Insérer des mots-clés SEO sans cohérence ;
- Décrire chaque détail visuel inutile ;
- Oublier la fonction d’un bouton image ;
- Rédiger le même texte alternatif pour plusieurs images différentes.
L’optimisation pour les moteurs ne doit jamais primer sur la compréhension humaine.
Texte alternatif et écoconception
Le lien entre accessibilité et écoconception est souvent sous-estimé.
Un site qui dépend fortement d’images pour transmettre l’information augmente son poids et sa consommation de ressources. À l’inverse, un contenu textuel structuré, complété par des images pertinentes et bien décrites, favorise la sobriété numérique.
Le texte alternatif s’inscrit dans une logique de qualité éditoriale globale : moins d’images redondantes, plus d’information structurée, meilleure performance.
Intégrer la rédaction des textes alternatifs dans la gouvernance éditoriale
Le texte alternatif ne doit pas être ajouté en fin de projet.
Il doit être intégré dans les processus de production.
Répartition des responsabilités
Les rédacteurs définissent l’intention éditoriale des images.
Les communicants vérifient la cohérence du message.
Les intégrateurs s’assurent de la bonne implémentation technique.
Les chefs de projet veillent au respect des critères RGAA.
Mise en place d’une checklist interne
Une organisation peut formaliser une grille simple :
- L’image est-elle informative ?
- Son texte alternatif transmet-il l’information essentielle ?
- L’image décorative comporte-t-elle un attribut vide ?
- Les graphiques disposent-ils d’une description textuelle complémentaire ?
Cette démarche réduit les non-conformités.
Audit rapide : vérifier ses textes alternatifs en 10 minutes
Un contrôle simple peut être réalisé :
- Parcourir la page au clavier et inspecter les images ;
- Utiliser une extension navigateur dédiée à l’accessibilité ;
- Tester les pages stratégiques : page d’accueil, démarches, actualités, pages services.
Il est fréquent de constater que les images de bandeaux ou de pictogrammes sont mal renseignées.
Un audit approfondi reste recommandé dans le cadre d’une mise en conformité globale.
Rendre visible l’invisible
Le texte alternatif ne se résume pas à un champ à remplir dans un CMS. Il constitue un acte éditorial à part entière.
Pour les collectivités territoriales et les destinations touristiques, il représente un engagement concret en faveur de l’inclusion, de la qualité de service et de la maturité numérique.
Rédiger un texte alternatif utile, c’est accepter de se poser une question simple mais structurante : quelle information souhaite-t-on réellement transmettre ?
En intégrant cette réflexion dans la gouvernance éditoriale, les organisations renforcent à la fois leur conformité réglementaire, leur performance numérique et leur responsabilité publique.
L’accessibilité commence souvent par un détail invisible. Le texte alternatif en est l’illustration la plus tangible.
FAQ
Quelle est la longueur idéale d’un texte alternatif ?
Il doit être suffisamment court pour être compris rapidement à l’oral, tout en transmettant l’information essentielle. Une phrase concise est généralement adaptée. Pour les images complexes, la description détaillée doit figurer dans le contenu de la page.
Faut-il écrire « image de » ou « photo de » ?
Non. Les lecteurs d’écran annoncent déjà qu’il s’agit d’une image. La description doit commencer directement par l’information utile.
Que faire pour un graphique ou une carte détaillée ?
Un texte alternatif synthétique peut indiquer la nature de l’image. Les données complètes doivent être accessibles dans un texte ou un tableau adjacent.
Les logos doivent-ils avoir un texte alternatif ?
Oui, sauf s’ils sont purement décoratifs. Un logo institutionnel peut comporter le nom de l’organisation. S’il renvoie vers la page d’accueil, le texte alternatif peut indiquer la fonction.
Les textes alternatifs influencent-ils le référencement ?
Ils contribuent à la compréhension sémantique d’une page, mais ne remplacent pas un contenu structuré. Leur objectif premier reste l’accessibilité.
Comment gérer les images dans un CMS comme WordPress ?
La plupart des CMS proposent un champ dédié au texte alternatif lors du téléversement d’une image. Il doit être systématiquement renseigné pour les images informatives.
Que dit précisément le RGAA sur les images ?
Le RGAA impose que chaque image porteuse d’information dispose d’une alternative pertinente et que les images décoratives soient ignorées par les technologies d’assistance.





