Sur les sites des collectivités territoriales et des destinations touristiques, les liens sont omniprésents. Ils structurent la navigation, orientent vers les démarches, renvoient vers des documents administratifs, des formulaires, des événements ou des partenaires. Pourtant, dans de nombreux cas, leur rédaction reste approximative : « cliquez ici », « en savoir plus », « télécharger », « voir plus », Etc.
Ces formulations, anodines en apparence, posent un triple problème. Elles fragilisent la conformité au RGAA, elles dégradent l’expérience utilisateur, et elles limitent la performance sémantique du site, notamment dans un contexte où les moteurs de recherche et les moteurs conversationnels analysent de plus en plus finement les contenus.
Il existe pourtant une règle simple, opérationnelle et immédiatement applicable pour produire des liens explicites. Elle tient en une phrase.
La règle simple : un lien doit être compréhensible hors contexte
Un lien doit pouvoir être compris indépendamment du texte qui l’entoure. Son libellé doit décrire clairement sa destination ou son action, sans dépendre d’une phrase précédente. S’il renvoie vers un fichier, le format, et idéalement le poids, doit être précisé.
Cette règle, qui peut sembler évidente, est en réalité structurante. Elle répond directement au critère 6.1 du RGAA, améliore la lisibilité des contenus et renforce la cohérence sémantique des pages.
À partir de cette base, tout le reste devient plus simple : conformité, UX, SEO et même visibilité dans les moteurs de réponse.
Pourquoi « cliquez ici » pose un problème réel
L’expression « cliquez ici » est sans doute la plus répandue sur les sites institutionnels. Elle est courte, facile à insérer, et paraît neutre. Pourtant, elle est inadaptée à plusieurs niveaux.
Accessibilité : le point de vue du RGAA
Le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité impose que chaque lien possède un intitulé explicite. Concrètement, cela signifie que l’intitulé doit permettre à l’utilisateur de comprendre la destination du lien sans devoir lire le contexte complet.
Les personnes utilisant un lecteur d’écran peuvent afficher la liste de tous les liens présents sur une page. Cette fonctionnalité est essentielle pour naviguer rapidement. Or, si la liste contient :
- Cliquez ici
- En savoir plus
- Télécharger
- Lire la suite
l’utilisateur se retrouve face à une série d’intitulés identiques et dépourvus de sens. La navigation devient confuse, voire impossible.
Dans ce cas, le lien ne remplit plus sa fonction d’orientation. Il devient un obstacle.
Expérience utilisateur : au-delà du handicap
Même en dehors des situations de handicap, un lien vague nuit à l’expérience de tous les usagers.
Sur une page dense, un lecteur scanne les titres et les liens. Il cherche des points d’accroche visuels. Un libellé précis agit comme un repère sémantique. À l’inverse, un “en savoir plus” ne transmet aucune information.
Cela génère plusieurs effets indésirables :
- Une hésitation avant le clic ;
- Un risque de mauvaise orientation ;
- Une perte de confiance si la destination ne correspond pas à l’attente.
Dans un contexte administratif ou touristique, où l’utilisateur recherche souvent une information précise (horaires, formulaire, tarifs, contact), cette imprécision peut être décisive.
SEO et moteurs de réponse : la dimension stratégique
Les ancres de liens ne sont pas neutres pour les moteurs de recherche. Elles participent à la compréhension sémantique d’une page et de son environnement.
Un lien intitulé « Télécharger le règlement intérieur 2026 (PDF) » apporte une information claire sur le contenu cible. À l’inverse, « cliquez ici » n’apporte aucun signal exploitable.
Dans un contexte de recherche conversationnelle et d’Answer Engine Optimization, cette précision devient encore plus stratégique. Les moteurs IA privilégient les contenus structurés, explicites et contextualisés. Un site dont les liens sont clairs renforce sa cohérence globale et sa capacité à être interprété correctement.
Un détail éditorial peut ainsi avoir un impact technique et stratégique.
Comment rédiger un libellé de lien pertinent
Appliquer la règle simple suppose un changement d’habitude rédactionnelle. Il ne s’agit plus de penser en termes d’action (« cliquez »), mais en termes de destination ou de résultat.
Décrire la destination, pas le geste
Un lien ne doit pas décrire l’action technique (« cliquer »), mais le contenu ou le service accessible après activation.
Prenons un exemple fréquent sur un site de mairie :
Formulation courante :
« Cliquez ici pour télécharger le formulaire. »
Formulation conforme et efficace :
« Télécharger le formulaire de demande de carte d’identité (PDF). »
Dans le second cas, l’utilisateur sait immédiatement :
- De quel formulaire il s’agit ;
- À quoi il sert ;
- Quel est le format du document.
Le lien devient une information en soi.
Préciser les fichiers : une exigence de transparence
Les sites publics publient de nombreux documents téléchargeables : délibérations, comptes rendus, dossiers de subvention, règlements, brochures touristiques.
Lorsqu’un lien renvoie vers un fichier, plusieurs informations doivent être explicitées :
- Le type de document ;
- Le format (PDF, DOCX, XLSX, etc.) ;
- Idéalement le poids, lorsque celui-ci est significatif.
Par exemple :
« Consulter le budget primitif 2026 (PDF, 2,3 Mo). »
Cette précision est essentielle pour les personnes disposant d’une connexion limitée, utilisant un smartphone ou un lecteur d’écran. Elle contribue aussi à la perception de sérieux et de transparence de la collectivité ou de la destination.
Le cas particulier des boutons
Certains éléments d’interface prennent la forme de boutons plutôt que de liens textuels. La règle reste identique.
Un bouton intitulé « Envoyer » est acceptable si le contexte est parfaitement clair. En revanche, un bouton “En savoir plus” sur une page listant dix actualités ne permet pas d’identifier la destination.
Il est préférable d’opter pour :
- « Lire l’article sur le budget participatif 2026 » ;
- « Réserver une visite guidée du centre historique » ;
- « Déposer une demande de subvention ».
Le bouton devient ainsi un vecteur d’information, et non un simple déclencheur technique.
Cas concrets : collectivités et destinations touristiques
La qualité des libellés de liens se joue dans des situations très opérationnelles. Deux cas typiques illustrent les enjeux.
Une mairie : page « Démarches administratives »
Sur une page dédiée aux démarches, plusieurs formulaires sont proposés. Dans une version non optimisée, on observe souvent :
- « Télécharger »
- « Cliquez ici »
- « Formulaire »
Ces formulations génèrent de la confusion, notamment lorsque plusieurs documents sont listés.
En reformulant ainsi :
- « Télécharger le formulaire de demande de passeport (PDF, 450 Ko) » ;
- « Télécharger le formulaire d’inscription scolaire 2026-2027 (PDF, 320 Ko) » ;
- « Consulter la liste des pièces justificatives pour un mariage civil (PDF, 180 Ko) » ;
la page gagne en clarté, en conformité et en efficacité.
L’usager trouve plus rapidement le bon document. Le site respecte le RGAA. Et les moteurs comprennent mieux la structure des contenus.
Un office de tourisme : page « Préparer son séjour »
Sur une page listant des activités, des hébergements et des brochures, des liens vagues sont fréquents :
- « En savoir plus »
- « Découvrir »
- « Voir plus »
En reformulant :
- « Voir les hébergements accessibles aux personnes à mobilité réduite » ;
- « Consulter les horaires d’ouverture du musée municipal » ;
- « Télécharger le guide des randonnées (PDF, 3,1 Mo) » ;
la destination touristique améliore à la fois l’expérience utilisateur et sa visibilité sur des requêtes spécifiques.
Un lien explicite agit comme un micro-contenu optimisé.
Une mini-checklist opérationnelle
Pour intégrer durablement cette règle, il est utile de formaliser un contrôle simple lors de la rédaction ou de la relecture.
Avant publication, chaque lien peut être évalué à travers quelques questions structurantes :
- Le lien est-il compréhensible s’il est lu seul ?
- Décrit-il précisément la destination ou le service ?
- Évite-t-il les formulations génériques comme “cliquez ici” ou “en savoir plus” ?
- Précise-t-il le format lorsqu’il renvoie vers un fichier ?
- Est-il cohérent avec le titre de la page cible ?
Ce contrôle rapide, intégré dans un workflow éditorial, permet d’éviter la majorité des erreurs.
Intégrer la règle dans la gouvernance éditoriale
La qualité des liens ne doit pas dépendre uniquement de la vigilance individuelle. Elle doit être intégrée dans la gouvernance numérique.
Former les contributeurs
Dans de nombreuses collectivités, plusieurs services publient des contenus. Sans formation minimale à l’accessibilité, les mauvaises pratiques se multiplient.
Une sensibilisation simple peut suffire à modifier durablement les habitudes. Il s’agit d’expliquer :
- Le fonctionnement des lecteurs d’écran ;
- Les exigences du RGAA ;
- Les impacts concrets sur les usagers.
Comprendre les conséquences facilite l’adhésion.
Intégrer la règle dans le guide éditorial
Un guide contributeur devrait inclure un chapitre dédié aux liens. La règle peut y être formulée de manière claire et synthétique, accompagnée d’exemples.
Cela permet d’aligner les pratiques et d’éviter les divergences entre services.
Vérifier lors des audits
Lors d’un audit RGAA ou d’une revue éditoriale, les liens doivent faire l’objet d’une attention spécifique. Les pages les plus stratégiques – démarches, documents, formulaires, actualités – sont prioritaires.
Une correction systématique des libellés améliore rapidement le taux de conformité global.
Les erreurs fréquentes à éviter
Certaines pratiques restent courantes, même sur des sites récents.
La première consiste à multiplier les « En savoir plus » identiques sur une même page, notamment dans des listes d’actualités. Cela crée une série de liens indifférenciés.
La deuxième erreur est de transformer un paragraphe entier en lien. Cette pratique complique la lecture et la navigation au clavier.
Une troisième erreur consiste à omettre la mention du format pour un fichier volumineux. L’utilisateur découvre trop tard qu’il s’agit d’un PDF de plusieurs mégaoctets.
Enfin, certains sites utilisent des icônes seules (flèche, pictogramme) comme lien, sans texte associé. Dans ce cas, l’information n’est pas transmise correctement aux technologies d’assistance.
Lien explicite : un détail qui révèle la maturité numérique
Un site institutionnel se juge souvent sur des éléments macro : arborescence, design, performance technique. Pourtant, la qualité des micro-éléments éditoriaux, comme les liens, révèle un niveau de maturité plus profond.
Un lien explicite témoigne :
- D’une attention portée à tous les publics ;
- D’une compréhension des obligations réglementaires ;
- D’une culture de la clarté et de la précision.
Il s’inscrit dans une vision plus large : celle d’un numérique responsable, accessible et cohérent.
Dans cette perspective, l’accessibilité n’est pas une contrainte isolée. Elle devient un levier d’amélioration continue, bénéfique à l’ensemble des usagers.
Une règle simple, un impact structurant
Un lien explicite n’est pas un détail cosmétique. C’est un élément fondamental de l’accessibilité, de la qualité éditoriale et de la performance numérique.
En appliquant une règle simple, rendre chaque lien compréhensible hors contexte et préciser le format des fichiers, une collectivité ou une destination touristique améliore immédiatement :
- Sa conformité au RGAA ;
- L’expérience de tous les usagers ;
- La cohérence sémantique de son site ;
- Sa capacité à être correctement interprétée par les moteurs de recherche et de réponse.
Ce type d’amélioration ne nécessite ni refonte complète ni budget important. Il repose sur une exigence éditoriale claire, intégrée dans la gouvernance.
Dans un environnement numérique de plus en plus exigeant, la qualité se joue souvent dans ces micro-détails. Les liens en font partie.
FAQ
Pourquoi « cliquez ici » est-il déconseillé ?
Parce qu’un lien doit être compréhensible hors contexte. Les technologies d’assistance peuvent afficher la liste des liens d’une page. Si plusieurs liens sont intitulés “cliquez ici”, l’utilisateur ne peut pas identifier leur destination.
Le RGAA impose-t-il des règles spécifiques sur les liens ?
Oui. Le critère 6.1 du RGAA exige que chaque lien possède un intitulé explicite. Le libellé doit permettre de comprendre la destination ou la fonction du lien sans ambiguïté.
Faut-il indiquer qu’un lien renvoie vers un PDF ?
Oui. Le format du fichier doit être précisé. Il est également recommandé d’indiquer le poids lorsque le document est volumineux. Cette information améliore la transparence et l’accessibilité.
Peut-on utiliser « En savoir plus » ?
Uniquement si le contexte rend la destination parfaitement évidente et si le lien est unique sur la page. Dans la majorité des cas, il est préférable de préciser l’objet du lien.
Les libellés de liens influencent-ils le référencement ?
Oui. L’ancre de lien participe à la compréhension sémantique d’une page par les moteurs de recherche. Des libellés explicites renforcent la cohérence thématique et facilitent l’interprétation par les moteurs IA.





